29.10.2009

Je drague dans les bas-fonds

Je drague en eaux troubles allongée sur un canapé, en début de soirée.

Séance de vendredi dernier :
J'ai assemblé petit à petit les très nombreuses pièces du puzzle. Pour arriver à la conclusion que peut-être je n'avais pas reçu tout l'amour de mes parents que j'aurai mérité ? attendu ? En sortant de la séance j'y crois quelques instants. Le fameux secret concernant mon histoire que je recherche serait-il en train de se dessiner, de sortir de la brume qui embrume mon esprit. Et puis j'écarte cette idée. Je l'écarte car la culpabilité qu'entraîne son acceptation est trop pesante. Je l'écarte car je n'arrive pas à y croire. J'ai l'impression d'être face à une mauvaise expérience mystique. Des faits sont là. Mais comment les interpréter ? J'oscille doucement lentement d'une solution à l'autre. Déstabilisante et vertigineuse impression que d'ignorer quelle est la vérité. Troublée.

Je profite des vacances pour faire une descente chez mes parents qui n'y sont pas. Récupérer mes journaux intimes. Et chercher celui de ma mère sur lequel je suis déjà tombée une fois et lire les passages qui m'intéressent.
Il n'est même pas caché. Il est sur mon bureau, puisqu'elle a récupéré ma chambre d'ado comme pièce personnelle.

Je lis.

79 : la liste des livres et des films qu'elle a lus et vus.
Janvier 80 : un article où elle raconte qu'elle ne sait pas combien de temps encore elle va supporter mon père, sa maniaquerie et ses obsessions culinaires notamment.
Fin août 80 : ça fait quelques semaines qu'elle a appris qu'elle était enceinte. Elle en parle avec un certain détachement.
Elle écrit pas mal pendant son congé avant l'accouchement. Les thèmes sont assez limités : le temps, l'évolution de la nature (nous sommes au printemps), les livres et les films, le tricot. Que du factuel. Que de factuel !
Un article sur le choix des prénoms. Il est écrit noir sur blanc : "M(mon père) ne veut pas de Micahuète (prénom qui finalement me sera attribué)". Ceci fait un drôle d'effet au vu du double sens à peine caché de cette phrase.
Un dernier article une semaine avant ma naissance. Elle a peur de subir une césarienne.
Un mois après ma naissance. Elle raconte sans mièvrerie ni niaiserie son ressenti. Le moment le plus émouvant fut sa découverte de ma personnalité. Je n'étais pas un petit morceau d'elle mais quelqu'un avec une vraie personnalité.
Les articles après ma naissance sont très rares. Ce qui ressort c'est que j'étais une marrante, mince, avec des grands yeux et indépendante.

Assez frappant de voir comme aujourd'hui ces caractéristiques me vont comme un gant.

Le journal reprend quand elle est à la retraite. Tous les faits et gestes des chats y sont décrits. Les miens aussi, mais ce sont juste des faits.
Il y a bien quelques lignes sur des sentiments. Sur 5 ans de couple avec mon ex-pacsé:
- l'annonce de notre PACS qui a sonné mes parents. Ma mère s'interroge pour savoir si ce sont des fiançailles laïques ou si c'est bidon.
- la rupture de ce dit couple quelques années plus tard : ils nous faisaient l'effet d'un "couple lisse".
- sur mes malheurs quantitativement importants du fait de mes 2 collègues chéris MC et MelleM : nous voudrions qu'elle soit heureuse en amour et en amitié aussi (elle a été trahie par son amie MelleM)".

Le nom de mon père n'apparaît quasiment jamais.

 

Séance de mardi dernier :
Je raconte tout ceci et tout ce contenu à la psy.
Je lui explique que quelques instants j'ai cru à la conclusion trouvée à la séance dernière, mais que finalement non.
Elle trouve ça étonnant qu'avec tous les éléments si précis que j'aligne, j'arrive à la conclusion que je me trompe et que tous ces ressentiments ne sont que l'effet de mon imagination.
Il semblerait que l'importance que j'accorde à la notion de bien et de mal me freine dans ma prise de conscience de la réalité.
Elle m'explique enfin qu'un traumatisme peut être dû à quelque chose qui s'est passé ou alors à quelque chose que l'on attend et qui n'est jamais venu. Je n'y avais jamais pensé à ça.
Ceci a fait un fort éccho en moi et c'est une idée que je mettrai du temps à intégrer. Et je crois qu'elle a particulièrement bien vu ce qu'il s'était passé. Enfin pas passé en l'occurrence.
Je dois faire aussi le deuil des réponses que je n'ai pas trouvées dans son journal. Je dois faire avec ce blanc, ce vide sur la période qui m'interroge tant, celle de la décision de ma conception.
Les idées commencent à s'éclaircir. Mais n'acceptant pas ce que j'entrevois, il va encore me falloir du temps.
Je sors pleine de fourmis, sûrement pas très loin d'aller rejoindre quelques pommes au ras des paquerettes.
Mon goût prononcé pour Jean-Luc Delarue pourrait s'expliquer parce qu'on y vit dans ces émotions (émissions !! je laisse trace de ce lapsus quand même) : on y pleure et on y rit.

 

Etape suivante l'analyse de ma propre prose :

Photo 040.jpg

 

 

Juste for fun. Moi ça m'amuse, peut-être que vous aussi :

Parce que j'y pleure, mais j'y ris aussi ! Je vis en somme, comme elle dit la dame.

Mica : je pense sincèrement que je ne suis pas folle...
Silence.
Mica appaisée.
La psy : je confirme...
Mica : non mais en fait, j'en suis tellement persuadée que je n'attendais même pas de réponse. Mais je l'aurais cependant demandée, pour la forme :).

En sortant d'une séance :
La psy : vous avez coupé vos cheveux, c'est joli
Mica : j'ai coupé toute seule, je ne supporte pas les coiffeuses
La psy : mais vous êtes douée !!
Genre ça t'étonne, non mais !!!!!!!!!
Ca m'a mise de bonne humeur tout ceci ! Suis-je perméable aux émotions, que diable !

 

Inutile de préciser que je me suis arrêtée environ 34 fois pour écrire cette note. C'est un accouchement difficile cette affaire.

Commentaires

Tu remues la vase, ça pue, mais au moins ça remue.
Sinon, je n'ai pas compris cette phrase : "Mon goût prononcé pour Jean-Luc pourrait q'expliquer parce qu'on y vit dans ces émotions (émissions !! je laisse trace de ce labsus quand même) : on y pleure et on y rit."
Jean-Luc Lahaye ? Et quel lapsus ?

Ecrit par : Virgibri | 29.10.2009

ouais ouais ouais
tu ne me laisses donc rien passer.
Je corrige.

Ecrit par : Micahuète | 29.10.2009

Ton lectorat est et sera content de mieux comprendre ton lapsus et de savoir de quel Jean-Luuuuuuuuuuuuuc tu parles. :-)

Ecrit par : Virgibri | 29.10.2009

ah purée c'est angoissant, avoir accès à ce journal (purée j'en rêverai) mais en fait y a pas grand chose dedans. C'est un peu une métaphore des réponses que tu voudrais et qui ne sont pas là où tu cherches.
Ces séances psy que tu vis me passionnent. J'espère que tu continueras à venir les débroussailler ici.

Ecrit par : emy | 29.10.2009

Je ne voudrais pas te faire de peine, ou jouer les moralisateurs, mais je ne peux m'empêcher de penser que si tu ne trouves pas vraiment de réponse, c'est peut être que la question n'est pas la bonne.
Peut être que ce n'est pas savoir si tes parents te désiraient, si ils t'aimaient, si ils te donnaient l'amour que tu méritais et comment ils voyaient les choses au moment ou tu es née, qui est le plus important ou la bonne question.
Parce qu'à ce qu'il me semble ce n'est pas important puisque ça ne change rien. On peut très bien être voulu, désiré et aimé par ses parents, et en même temps ressentir un manque criant, pressant et inexplicable d'amour et d'affection.
Mais en fait non, ce n'est pas que ce n'est pas important, je m'exprime mal, ce que je veux dire c'est que parfois ce n'est de toute façon pas suffisant.
Il y a des cas ou malgré l'amour que l'on nous porte, l'attention dont on nous entoure, et les soins dont on fait l'objet, de ressentir quand même un manque. Ce n'est pas faute d'être aimé, ou qu'on ne soit pas aimé tout court, simplement qu'il arrive qu'on ne soit pas aimé comme on aimerait l'être, ou autant qu'on aimerait l'être. Les parents ne sont pas parfaits, ce sont des êtres humains, et ce n'est pas un scoop mais nous non plus, il arrive donc qu'ils fassent des erreurs, ne fassent pas ce que l'on aimerait, ou soient aussi parfaits et aimants qu'on le voudrait.
Tout ça pour dire, qu'il se peut que tes parents t'aiment, t'aimaient d'ailleurs, mais pas comme tu l'aurais souhaité, peut être pas autant que tu l'aurais souhaité. Et c'est sans doute ce qu'essaie de te dire ta psy (chanalyste ou chologue ou chiatre ?) en disant qu'un traumatisme est parfois causé par quelque chose que l'on attend et qui n'est jamais arrivé.
Peut être aurais-tu voulu qu'on t'aime davantage, ou mieux, et que tes parents n'ont pas été à la hauteur, ou n'ont juste pas réussi à le faire, ou pas senti que tu en avais besoin, voire pas capable de te donner cet amour que tu désirais ou avais besoin, simplement.

Désolé si je me suis lancé dans une espèce d'analyse à deux francs et un peu sauvage, après tout je peux très bien me tromper du tout au tout, rien ne t'oblige à te justifier ou à tenir le moindre compte de ce que j'ai écris, ne sachant finalement que peu de chose sur ce que tu sembles chercher comme réponses...

Ecrit par : Saint Luc | 04.11.2009

Ecrire un commentaire